Élections italiennes : Giorgia Meloni affirme que son parti « n’a pas d’aile anti-européenne »
Giorgia Meloni, leader du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), pourrait bien devenir la première femme à accéder au poste de Premier ministre en Italie. À cinq jours des élections, elle s’est entretenue avec le média partenaire d’EURACTIV, EFE.
Giorgia Meloni, leader du parti d’extrême droite italien Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), pourrait bien devenir la première femme à accéder au poste de Premier ministre à l’issue des élections du 25 septembre prochain. À cinq jours des élections, dans un moment de répit au milieu d’une campagne électorale intense, elle s’est entretenue avec le média partenaire d’EURACTIV, EFE.
Elle a notamment confié que son parti n’était pas eurosceptique mais qu’il souhaitait simplement une Union européenne plus efficace, qu’elle espérait que les élections espagnoles de 2023 suivent une trajectoire de droite similaire à celle suivie par l’Italie et a affirmé que personne en Italie ne pense qu’une victoire de son parti, le parti Fratelli D’Italia, poserait un problème pour la démocratie.
Ses priorités
Pour Mme Meloni, la priorité absolue si elle gagne ces élections sera « de soutenir les familles et les entreprises dans la terrible situation de hausse des prix et de l’énergie ».
Selon elle, en Italie, trop d’entreprises ont dû réduire ou arrêter leur production et risquent de mettre la clé sous la porte si le gouvernement n’intervient pas au moyen de mesures drastiques et de nombreuses familles risquent de ne pas être en mesure de payer leurs factures.
Au niveau européen, elle plaide pour un plafonnement du prix du gaz et le découplage des prix du gaz et de l’électricité.
Toutefois, elle rappelle que « cette dernière mesure peut également être prise immédiatement au niveau national ».
Le second élément important si elle remporte ces élections sera de « relancer l’économie en diminuant les impôts sur le travail, en simplifiant les formalités administratives, en construisant des infrastructures stratégiques, en relançant une politique industrielle basée sur la valorisation du “Made in Italy” ».
La leader de Fratelli d’Italia a également déclaré que son parti souhaite « rétablir la sécurité et arrêter l’immigration incontrôlée », qui, selon elle, est imputable aux gouvernements de gauche successifs.
En évoquant cette dernière, elle a déclaré que les élections du 25 septembre seraient pour les Italiens « une grande opportunité de mettre fin au long règne de la gauche, qui a été au gouvernement presque sans interruption sans jamais gagner les élections ».
Elle a qualifié le fait de voter pour son parti comme un vote « de changement fort » et non un vote « contestataire ».
« Les Italiens savent qu’ils peuvent nous faire confiance parce que nous sommes cohérents. Nous sommes dans l’opposition depuis longtemps, mais nous n’avons jamais cessé de faire nos propositions et de soutenir les mesures utiles des différents gouvernements », a-t-elle affirmé.
« Ceux qui nous élisent savent précisément ce qu’ils choisissent, ils peuvent l’aimer ou non, mais il n’y a pas de surprises », a-t-elle ajouté.
L’extrême droite française voit des « opportunités » à l’échelle européenne après les élections italiennes
L’extrême droite française espère une victoire de la coalition de droite italienne dirigée par Giorgia…
4 minutes
Un parti prêt à gouverner
Elle estime que son parti, qui est « le parti des conservateurs italiens », dispose d’une classe dirigeante compétente et préparée.
Les membres de Fratelli d’Italia croient « à la liberté des personnes et au rôle central de la famille, à l’identité culturelle italienne, européenne et occidentale, à l’initiative privée et à la solidarité sociale » et se sentent aujourd’hui « prêts à gouverner si tel est le souhait des Italiens », a-t-elle poursuivi.
Un danger pour la démocratie ?
Certains estiment que sa victoire et celle du centre-droit pourraient représenter un danger pour la démocratie. Toutefois, Mme Meloni voit cela comme « un paradoxe » puisque, « pendant des années, en Italie, nous avons eu des gouvernements dirigés par des Premiers ministres non élus, souvent avec des majorités différentes de celles qui ressortaient des élections ».
Elle a également mentionné la pandémie de Covid-19 et les mesures adoptées par le gouvernement, qui étaient caractérisées par « des restrictions de liberté sans précédent ».
« Pourtant, ce n’est que maintenant que l’on parle du danger pour la démocratie parce que finalement les Italiens vont voter et peut-être donner une large majorité au centre-droit dirigé par Fratelli d’Italia. »
Elle estime qu’en Italie, « personne ne croit cela », « pas même la gauche qui utilise cet argument en dernier recours ».
« Nous sommes une démocratie stable et ceux qui tirent la sonnette d’alarme sur l’avenir de l’Italie ne font pas de mal à Giorgia Meloni, mais à l’Italie elle-même », estime-t-elle.
Elle a répondu que « la seule chose en danger est le système de pouvoir de la gauche, qui en Italie gouverne toujours sans jamais gagner les élections ».
Un parti eurosceptique ?
Interrogée sur ses critiques sévères de l’Union européenne et le fait qu’il existe une aile anti-européenne au sein de son parti ainsi que sur le fait que cela puisse faire peur en cas d’arrivée de son parti au gouvernement, la femme politique italienne a répondu : « Mon parti n’a pas d’aile anti-européenne. Nous n’avons qu’une seule ligne, qui est celle des conservateurs européens. »
Elle pense que « la pandémie […] et la guerre […] nous ont montré ce qui n’a pas fonctionné dans l’intégration européenne au cours des dernières décennies ».
« Pendant trop d’années, Bruxelles a étendu ses compétences dans de nombreux aspects de notre vie quotidienne, oubliant une politique étrangère et de défense standard pour garantir notre autonomie énergétique. »
Giorgia Meloni souhaite une Europe « qui fait moins de choses et qui les fait mieux, avec moins de centralisation, plus de subsidiarité, moins de formalités administratives et plus de politique ».
« Nous ne sommes pas du tout contre l’Europe, mais pour une Europe plus efficace, qui saura être une véritable valeur ajoutée pour ses citoyens », a-t-elle expliqué.
Pour ce qui est de ses projets pour l’Italie, elle souhaite lui « redonner le rôle qu’elle mérite sur la scène internationale et mieux défendre ses intérêts nationaux dans les institutions européennes, comme le font très bien les Allemands et les Français, sans que personne ne soit scandalisé par cela ».
Féminisme et avortement
Pour Giorgia Meloni, le féminisme italien est « historiquement situé à gauche, où le débat est ouvert sur les questions éthiques et politiques de genre ».
Toutefois, maintenant que le Premier ministre féminin de l’histoire italienne risque d’être « une femme non gauchiste », elle explique que la gauche l’attaque en disant que c’est une femme qui « pense comme un homme ».
« En fait, ils deviennent fous parce que les femmes de gauche ne trouvent pas d’espace après des décennies de déclarations rhétoriques, alors que les femmes de droite en trouvent. »
Interrogée sur la question de l’avortement, elle a répondu qu’elle désirait « favoriser les politiques de conciliation des aspects familiaux et professionnels, éliminer l’écart salarial entre les sexes et soutenir la maternité ».
Elle a répondu qu’en ce qui concerne l’avortement, l’intention de son parti est d’appliquer pleinement la première partie de la loi en vigueur en mettant en place des politiques de prévention pour offrir une alternative aux femmes qui envisagent un avortement pour des raisons économiques.
« Ces femmes doivent trouver un État bienveillant à leurs côtés : plus d’opportunités et non moins de droits. »
Liens avec Vox
Enfin, sur la question des liens entre son parti et le parti d’extrême droite espagnol Vox, Giorgia Meloni a répondu qu’elle et Santiago Abascal, le leader de Vox, étaient « unis par le respect mutuel, l’amitié et la loyauté ».
Les deux leaders de parti se sont dits « amusés » par le fait qu’en Italie, la gauche utilise Vox pour attaquer Fratelli D’Italia, et qu’en Espagne, Fratelli D’Italia soit utilisé pour attaquer Vox.
Elle espère bien entendu que le centre-droit italien dirigé par Fratelli d’Italia gagnera les élections et que cela ouvrira la voie à « quelque chose de similaire en Espagne dans quelques mois ».
« Dans des moments difficiles comme ceux que nous vivons, le caractère concret et le pragmatisme des conservateurs sont beaucoup plus efficaces que les formules idéologiques de la gauche », a-t-elle conclu.