« DG MEME », le compte Twitter « fauteur de troubles » que la bulle européenne adore

Celles et ceux qui sont familiers avec la bulle européenne connaissent certainement « DG MEME », le compte Twitter humoristique consacré à la politique de l’UE, qui comptabilise près de 100 000 abonnés. EURACTIV s’est entretenu avec l’homme derrière les tweets, Fabio Mauri.

EURACTIV République tchèque
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Dans une tentative de montrer à ses supérieurs de la Commission qu’il est possible de parler de l’Europe et d’être drôle, Fabio Mauri lance le compte Twitter en anglais DG MEME. [[Twitter]]

Celles et ceux qui sont familiers avec la bulle européenne connaissent certainement « DG MEME », le compte Twitter humoristique consacré à la politique de l’Union européenne, qui comptabilise près de 100 000 abonnés. Une lecture amusante pour certains, mais l’œuvre d’un « fauteur de troubles » pour d’autres, explique à EURACTIV l’homme derrière les tweets, Fabio Mauri.

Retrouvez l’entretien original en anglais ici.


Ingénieur informatique de formation et spécialisé dans la création de sites web, Fabio Mauri s’intéresse dès 2016 à l’enjeu que représente le Brexit. Déçu par l’issue du vote, il se demande pourquoi l’UE ne parvient pas à « expliquer de manière simple pourquoi il est bon d’être dans l’Union européenne ».

Curieux de comprendre le fonctionnement des institutions européennes, il quitte alors son poste chez le bijoutier Swarovski, à Innsbruck, en Autriche, pour entamer un stage à la Commission européenne, à Bruxelles.

Quelques semaines après le début de son stage, il remarque « beaucoup de problèmes » au niveau de la communication et, dans une tentative de montrer à ses supérieurs qu’il est possible de parler de l’Europe et d’être drôle, il lance le compte Twitter en anglais DG MEME, un projet personnel qui, « sans me vanter », a pris de l’ampleur assez rapidement, précise l’Italien.

L’humour est un élément crucial de ses tweets, même si DG MEME a avant tout pour but d’évoquer l’Europe. « Bien sûr, la page introduit les sujets de manière amusante, mais cela ne signifie pas qu’elle ne sert qu’à s’amuser », ajoute-t-il.

L’humour et la démocratie

La démocratie repose sur trois piliers : le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Les médias constituent, selon certains, un quatrième pilier. Pour M. Mauri, les mèmes et l’humour font en quelque sorte partie de ce dernier pilier.

Alors que les médias qui parlent de l’UE, tels que EURACTIV et Politico, sont très spécialisés et ne sont connus que par les personnes appartenant déjà à la bulle européenne, « les mèmes permettent d’ouvrir le débat à un public plus large », affirme M. Mauri.

En effet, ils font ce que certains « médias sérieux » ne sont peut-être pas capables de faire : « décomposer l’actualité d’une manière que les gens peuvent comprendre facilement », soutient-il.

Certaines personnes n’ont pas le temps de lire des articles, qui peuvent parfois être longs et techniques, sur la politique de l’Union européenne. Pourtant, pour M. Mauri, « atteindre ces personnes devrait être la priorité de la direction générale de la communication (DG COMM) de la Commission européenne ».

Les mèmes sont parfois « tellement drôles que même si vous ne suivez pas la politique européenne, vous riez et vous voulez peut-être en savoir plus ! […] C’est ce que l’on appelle l’infodivertissement », explique M. Mauri.

Cela permettrait selon lui de détacher les institutions de certains préjugés, notamment celui selon lequel les personnes y travaillant ne sont que des « parasites ».

Definition of Councils, EU Glossary

(De haut en bas) « L’entreprise a besoin que vous trouviez la différence entre ces deux images. » « Elles sont identiques. » [Site web DG MEME]

« Fauteur de troubles »

Bien que beaucoup trouvent la page amusante, certains ne sont pas de cet avis et pourraient même trouver les mèmes qui y sont publiés offensants. Cependant, M. Mauri n’a jamais envisagé de supprimer sa page ou ses tweets, et il n’a encore jamais été contacté par des responsables politiques pour supprimer du contenu.

« Je considère DG MEME comme une alternative à la thérapie. Lorsque vous voyez ou lisez des choses qui vous mettent en colère, vous pouvez soit garder votre colère à l’intérieur de vous-même, soit trouver le moyen de la transformer en quelque chose dont vous pouvez rire. »

« Mon objectif principal n’est pas d’offenser les gens », précise-t-il.

Interrogé sur la possibilité de transformer la page en véritable direction générale de la Commission et la possibilité pour l’exécutif de recourir à ses services, M. Mauri a indiqué qu’il y avait toujours « un certain enthousiasme de la part des cadres inférieurs et intermédiaires ». Toutefois, pour obtenir les autorisations nécessaires, ces derniers doivent « remonter dans la hiérarchie » et c’est là qu’on leur répond « Êtes-vous fous ? Pourquoi voulez-vous inviter ce type ? C’est un fauteur de troubles », déplore-t-il.

« Les directeurs des institutions européennes tolèrent ma page, mais ils n’en sont pas nécessairement très heureux, je pense. Pour moi, c’est sans importance, parce qu’en fin de compte, je touche toujours les personnes que je veux atteindre, même si la Commission ne m’invite pas encore à prendre la parole lors de ses évènements ou de ses ateliers », déclare M. Mauri.

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« Lorsque vous parlez à vos collègues de votre récente mission à Cancún. » [Twitter DG MEME]

Contrairement à la Commission, le créateur de DG MEME souligne que des institutions telles que le Parlement ou le Comité des régions l’ont déjà invité à donner des présentations et des discours sur la communication et la satire. Il raconte également avoir obtenu un entretien avec Margrethe Vestager, la troisième vice présidente exécutive de la Commission européenne et commissaire à la Concurrence, qui lui a dit qu’elle appréciait son travail.

Mme Vestager, explique-t-il, ne fait pas partie des cadres supérieurs, il s’agit d’une responsable politique de premier plan et, en tant que telle, elle jouit d’une certaine liberté d’expression.

« Les cadres supérieurs dont je parle sont les véritables “eurocrates” […] chargés de mettre en œuvre les idées des responsables politiques. Nous ne connaissons même pas leurs noms, mais ils détiennent le vrai pouvoir et ils ont peur de ce qu’ils ne contrôlent pas. Il n’est pas surprenant que ces gens me considèrent comme un fauteur de troubles. »

Fabio Mauri aidera « volontiers » la Commission en mettant à sa disposition ses compétences en matière de communication, mais il doute « qu’elle trouve un jour la bonne façon de les utiliser ».

« Il faudra beaucoup de temps avant que leur approche servile de la communication ne change », conclut-il.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]