« Créer les conditions d’un partenariat énergétique avec la Russie est indispensable »

Dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, le député Jean-Jacques Guillet (UMP), co-auteur avec Tony Dreyfus d’un rapport sur la sécurité énergétique en Europe intitulé "Faut-il avoir peur de la Russie?", revient sur les principales conclusions de ce texte.

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Dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, le député Jean-Jacques Guillet (UMP), co-auteur avec Tony Dreyfus d’un rapport sur la sécurité énergétique en Europe intitulé « Faut-il avoir peur de la Russie? », revient sur les principales conclusions de ce texte.

Comment l’UE peut-elle éviter les crises gazières comme celles intervenues entre la Russie et l’Ukraine?

A court terme, il s’agit d’assurer la solidarité entre les États membres. Nous nous sommes aperçus en 2009 que cette solidarité était imparfaite, en particulier dans le cadre de l’utilisation du stockage du gaz.

L’autre domaine où l’on peut intervenir rapidement est celui de l’inversion des flux. Actuellement, le transport du gaz entre la Russie et l’Europe ne se fait que dans un sens  : le gaz part de Russie, passe par l’Ukraine, puis il arrive sur le sol d’un État membre (par exemple la Slovaquie) pour continuer vers l’Allemagne ou la France.

Dans cet exemple le gaz ne peut pas desservir la Hongrie, qui peut donc se retrouver en pénurie. Il faudrait parvenir à livrer du gaz de Zebrugge, Montoir, Fos-sur-mer ou l’Italie vers des pays qui pourraient subir une crise du gaz de manière plus rude que les États occidentaux. L’inversion des flux sert à cela, par l’intermédiaire des gazoducs. C’est une technique relativement simple, expérimentée en 2009 à petite échelle, et que l’on pourrait mettre en place à grande échelle dès maintenant.

Vous évoquez dans votre rapport la nécessité de renforcer les interconnexions. Quelles sont les actions importantes à mener dans ce domaine aujourd’hui?

À moyen terme c’est ce qu’il y a de plus important. Il faut construire un réseau qui couvre véritablement toute l’Europe, sans tenir compte de l’origine du gaz. Actuellement les réseaux d’Europe centrale sont par exemple tous tournés vers la Russie. Les raisons de cette configuration sont surtout historiques  : elle viennent du fait que la Russie était dominante sur le plan économique et politique. Aujourd’hui il faut faire en sorte que les pays baltes, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, soient desservis également par l’Europe occidentale, c’est-à-dire par du gaz venu de méthaniers de l’extérieur.

À long terme, il faut évidemment aller plus loin. Créer les conditions d’un véritable partenariat énergétique avec la Russie est indispensable.

Vous indiquez dans votre rapport qu’il ne faut pas « jouer les pays d’Asie centrale contre la Russie ». Qu’entendez-vous par là ?

Je parle essentiellement du Turkménistan et du Kazakhstan  : des pays potentiellement ou réellement fournisseurs de gaz, qui appartiennent à la Communauté des États indépendants (CEI) et qui, d’une façon ou d’une autre, ont des liens avec la Russie.

Faire venir le gaz du Kazakhstan ou du Turkménistan implique de construire des infrastructures pour soutenir ce projet. C’est le problème de la mer Caspienne et de Nabucco. Or construire des infrastructures gazières pour faire venir du gaz de ces pays-là peut créer artificiellement un conflit avec la Russie, ce dont nous n’avons pas besoin.

Il faut parvenir à une situation de marché beaucoup plus fluide qu’elle ne l’est aujourd’hui. Dans ce sens, je préconise plutôt des investissements accrus dans le gaz naturel liquéfié, dans les ports méthaniers, de façon à créer les conditions d’un marché qui s’imposeront inévitablement au gaz livré par gazoduc.

Par ailleurs, ces pays ne fourniront jamais plus de 4% du gaz mondial, au total.

Vous évoquez la nécessité de « faire des choix dans la géopolitique des tubes » et semblez critiquer Nabucco. Etes-vous contre ce projet ?

Je ne suis pas un partisan acharné de l’existence d’infrastructures physiques gazières. Nous sommes évidemment obligés d’avoir des gazoducs. Mais ceux-ci doivent être limités à des parcours régionaux, et non internationaux. 

Nous n’avons pas intérêt à dépendre d’un pays de transit, quel qu’il soit. Nous ne pouvons, par exemple, dépendre totalement d’un pays comme la Turquie. Ce pays essaie de constituer sur son sol un nœud d’infrastructures gazière et pétrolière, qui nous rendrait dépendant d’elle. Plus nous construisons d’infrastructures qui passent par des pays étrangers, plus nous nous créons des difficultés géopolitiques à court ou moyen terme.

En ce qui concerne Nabucco, le projet n’a aucun sens si on n’y injecte pas du gaz iranien. Or le gaz iranien n’est, pour le moment, pas disponible. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la Turquie cherche actuellement à se rapprocher de l’Iran. Ankara souhaite participer à l’exploitation du gaz iranien inutilisé pour le faire parvenir sur son sol et ensuite le revendre à l’Europe. C’est un véritable problème géopolitique à terme. C’est pourquoi je ne suis pas partisan de Nabucco tant que le problème politique iranien n’aura pas été réglé.

Pensez-vous que l’Union européenne puisse inclure davantage d’énergies renouvelables dans son bouquet énergétique?

Oui, c’est la « règle des trois 20 », et nous irons au-delà. Mais il ne faut pas se faire d’illusions.

D’une part les énergies renouvelables ne peuvent pas remplacer le gaz, le pétrole ou le nucléaire. Même sans représenter une part marginale, elles ne peuvent être qu’un aspect du bouquet énergétique.

D’autre part, qui dit énergies renouvelables dit réseaux. Il faut investir dans les réseaux. Nous pouvons faire autant d’éoliennes que nous le voulons, il faudra bien transporter de l’électricité.