Commission des finances : pour convaincre, Jean-Philippe Tanguy (RN) joue la carte de la responsabilité
Alors que les députés s'apprêtent à choisir le futur président de la commission des Finances à l'Assemblée nationale jeudi (30 juin), le candidat proposé par le Rassemblement national de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy a répondu aux questions d'EURACTIV France.
Alors que les députés s’apprêtent à choisir le futur président de la commission des finances à l’Assemblée nationale jeudi (30 juin), le candidat proposé par le Rassemblement national de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy a répondu aux questions d’EURACTIV France.
Jean-Philippe Tanguy est député Rassemblement national de la 4e circonscription de la Somme.
Vous êtes candidat à la présidence de la commission des finances, un poste très stratégique et réservé à l’opposition. Quel est le style que vous voulez donner à votre présidence ? Y a-t-il un sujet qui vous tient particulièrement à cœur ?
Le rôle du président de la commission des finances est un rôle institutionnel.
Donc ma première mission sera la bonne tenue des débats.
La deuxième est de s’assurer que les informations transmises par le gouvernement sont transparentes et sincères, et que les fondamentaux économiques sur lesquelles le budget se fonde soient aussi sincères et crédibles.
J’insiste : ce n’est pas un rôle politicien ni partisan, mais institutionnel.
Le premier texte que vous aurez à traiter en tant que président de la commission des finances, si jamais vous êtes élu, sera la loi d’urgence pour le pouvoir d’achat. Un bras de fer s’annonce entre le gouvernement, qui n’a qu’une majorité relative, et les oppositions. Sur quoi êtes-vous prêt à céder ?
L’enjeu n’est pas de céder. Ce n’est pas moi qui décide des mesures retenues. Je devrai assurer que le débat se tienne de manière sereine et dans les temps.
Mon opinion je la donnerai, évidemment, en tant que parlementaire : par exemple, le gouvernement devrait faire un pas vers nous en ce qui concerne la baisse de la TVA sur les carburants, afin d’aider les classes moyennes et populaires. C’était une proposition de Marine Le Pen.
Mais le président de la commission ne décide pas : il préside.
Toujours par rapport à ce texte, vous discutez déjà avec la majorité sur des points ponctuels ?
Non, pas encore. Le gouvernement n’a présenté aucun texte. Mais il ne faut pas surjouer la surprise. On a vécu les élections présidentielles et les législatives, tout le monde connaît les propositions des uns et des autres. Sauf Les Républicains peut-être, parfois on ne sait pas trop ce qu’ils proposent.
En parlant des Républicains, vous comptez sur quelqu’un d’autre en dehors du RN pour soutenir votre candidature ?
L’état d’esprit du règlement de l’Assemblée est que les responsabilités doivent refléter l’équilibre des forces politiques. Et c’est ce qu’a déclaré Gérard Larcher [président Les Républicains du Sénat] au lendemain des législatives.
Donc forcément, il faut discuter avec tout le monde, et pas seulement LR, pour que cet équilibre satisfasse tout le monde.
Mais un rapprochement est possible avec certains des Républicains, ou je me trompe ? Notamment ceux qui ont adopté une ligne dure à l’encontre d’Emmanuel Macron…
Ce qui est sûr c’est que l’élection d’Olivier Marleix [élu président du groupe Les Républicains à l’Assemblée] est une bonne nouvelle. C’est un opposant frontal à Emmanuel Macron.
La presse relate que vous seriez en train de négocier avec LR le soutien à votre candidature à la présidence de la commission des finances contre celle d’Éric Ciotti à la questure de l’Assemblée. Vous le confirmez ?
Ce n’est qu’un résumé de la situation. Comme je l’ai dit, il y a une question d’équilibre entre les postes au sein de l’Assemblée, donc ça ne concerne pas que LR et pas uniquement les postes que vous mentionnez.
Vous discutez avec la gauche aussi ?
La particularité, au moment où je vous parle, c’est que les élus de la NUPES [la coalition de gauche] sont dans leur coin et ne discutent avec personne. Ils refusent la tradition qui est d’essayer de trouver un équilibre entre tous les postes de l’Assemblée.
Ils arguent d’être la première force politique d’opposition et, selon cette logique, la présidence de la commission des finances leur reviendrait…
Ça n’est pas vrai que c’est une force politique. Ce n’est qu’une coalition électorale. C’est de la piraterie : ils veulent abuser des règles pour maximiser leurs avantages politicards, alors qu’ils savent très bien que ne vont pas rester ensemble longtemps.
Et ce n’est pas plus une force d’opposition. Pendant la présidentielle, les Socialistes, les Verts et les Communistes, ont appelé à voter pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, tandis que Jean-Luc Mélenchon était dans une position difficile à comprendre en déclarant que « pas une voix ne [devait] aller à Marine Le Pen », même si ce n’était pas le « ni-ni » de 2017.
Ils ont l’air de vouloir présenter une candidature commune pourtant.
Faire croire que le Parti socialiste avec Valérie Rabault et Éric Coquerel de La France insoumise ont la même ligne budgétaire et fiscale c’est un énorme mensonge.
Et qu’est-ce qui vous distingue d’Éric Coquerel, candidat de la NUPES et votre principal concurrent ?
Nous [au Rassemblement national], on veut que les institutions fonctionnent. Leur but sera de faire traîner les dossiers, alors que les projets de loi de finances doivent respecter des délais très stricts.
Vous êtes donc prêt à coopérer avec le gouvernement pour respecter ces délais ?
Nous n’allons pas coopérer sur une ligne politique. Mais en tant que président de la commission des finances, je vais coopérer dans un sens républicain : je ne ferai jamais une question politique de la façon dont sont présidés les débats à la commission.
Vous n’en ferez pas une question politique, vraiment ?
La question de la ligne politique relève de mon rôle de parlementaire, pas de celui de président de la commission des finances.
Avez-vous un exemple concret ?
En tant que président de la commission des finances, si je suis élu, j’aurai accès aux documents du ministère de l’Économie et des Finances.
Je ne ferai pas de cette prérogative une arme politique, ça me servira simplement à comprendre la situation et à connaître la vérité, mais ce ne sera pas à moi de prévenir les journalistes sur un sujet quelconque.
Qu’est-ce que vous sous-entendez ?
Le problème est que les Insoumis ont un agenda politique. La France insoumise veut arriver à une crise de régime pour passer à la Sixième République, c’est dans leur programme, c’est écrit noir sur blanc et ils ont le droit de le proposer !
Mais vous pourrez travailler correctement avec La France insoumise, si vous êtes à la tête de la commission des finances ?
Vous savez, le président de la commission est président de tous les commissaires qui y siègent. Si les Insoumis se comportent correctement, je ne vois pas pourquoi ils n’auraient pas le même traitement que tout le monde.
Quel rôle pour Marine Le Pen dans les cinq années à venir ?
Marine Le Pen était une figure d’opposition et une figure présidentielle sans troupes parlementaires. Aujourd’hui, vu le résultat des élections législatives, elle a une force parlementaire qui correspond à son rôle politique, et, à juste titre, elle se sent investie d’un nouveau rôle.
Certains, à gauche et dans le camp présidentiel notamment, vous accusent de ne pas être un parti institutionnel ou républicain…
Ce sont les électeurs qui ont institutionnalisé le Rassemblement national en nous élisant dans 89 territoires. Ce n’est pas à nos adversaires politiques de décider de qui est institutionnel ou pas. Vox populi, vox dei.
Le président lui-même a encore insisté sur ce point ce week-end.
Ce n’est pas une opinion de président, mais de candidat. M. Macron est garant de la Constitution. Et nous, au Rassemblement national, nous sommes républicains, on participe aux élections, on peut gouverner.