« Bruno Le Maire doit défendre toutes les régions de France »
Le vice-président (PS) de la région Île-de-France estime que la France doit se battre pour maintenir une politique régionale forte qui serve les régions riches et pauvres. La défense de l’agriculture au détriment des régions est, selon lui, "un peu électoraliste".
Le vice-président (PS) de la région Île-de-France estime que la France doit se battre pour maintenir une politique régionale forte qui serve les régions riches et pauvres. La défense de l’agriculture au détriment des régions est, selon lui, « un peu électoraliste ».
Vous avez participé au forum sur l’avenir de la politique de cohésion, à Bruxelles. Que retenez-vous de cette manifestation ?
Je suis rassuré par le discours du président de la Commission, José Manuel Barroso. Il a plaidé en faveur d’une politique régionale qui bénéficie à toute les régions européennes. Pour l’Île-de-France, qui possède l’un des PIB les plus importants d’Europe, ces propos sont importants.
Dans l’ensemble, cet avis est assez partagé. Tout le monde voit bien que les collectivités locales jouent un rôle très important pour répondre à la crise économique et sociale.
En revanche, en ce qui concerne le débat budgétaire, je suis très inquiet. Dans ce domaine, la position de la France est extrêmement dangereuse pour les régions françaises.
Avez-vous l’impression que la France a choisi un camp entre la politique agricole et la politique régionale?
Bien sûr, même si elle ne le dit pas. La position française est contradictoire. On ne peut pas dire, d’un côté, que l’on veut geler les budgets, diminuer la contribution française et maintenir voire augmenter la part du budget en faveur de l’agriculture, et, d’autre part, ne pas rogner sur la politique régionale.
Si les crédits sont diminués, les aides aux régions les plus riches en pâtiront. A un an du scrutin présidentiel, la défense des agriculteurs est un peu électoraliste pour l’UMP.
Comment faire pression sur la France qui détient, avec les autres États, les clés du coffre européen?
Le fait qu’une région fasse pression amène aussi la Commission à faire des signes aux États. Malheureusement, pour l’instant, elle n’est pas entendue.
Lorsque le commissaire en charge du Développement régional, Johannes Hahn, affirme que la création d’une nouvelle catégorie de régions intermédiaires [bénéficiaire des fonds] favoriserait la France, il adresse un signe clair. Mais évidemment, il accompagne sa proposition d’une précision : le maintien de son budget.
La région Île-de-France demande-t-elle une hausse de l’aide que lui attribue la politique régionale européenne?
Je suis pour le maintien, voire l’augmentation, de l’aide qui nous est attribuée : l’enjeu urbain reste très important. Evidemment, la région est riche, mais elle compte aussi des zones de grande pauvreté. Le Fonds social européen aide des populations très fragilisées. On peut vivre en Île-de-France et être en très grande précarité.
Au début de la période 2007-2013, si l’on avait calculé l’aide accordée à l’Île-de-France sur le seul critère de population, on aurait bénéficié de 7,5 milliards d’euros. Mais comme la politique de cohésion aide davantage les régions pauvres que les régions riches, ce qui est normal, nous avons touché 700 millions d’euros.
Certaines régions françaises craignent que la politique urbaine prenne trop de place dans la politique de cohésion, au détriment des territoires. Que répondez-vous ?
Il faut trouver un équilibre pour tenir compte des spécificités de chaque région. Il est normal que chacun défende sa chapelle dans le débat.
Même si la région Île-de-France a des zones rurales, et une agricutlure développée dans certains départements, une très grande partie de notre territoire est urbain. C’est là que se concentrent les inégalités. On ne peut pas laisser ces quartiers à l’abandon. Où alors nous continueront à avoir des émeutes et de la misère.
Si nous disposions d’un budget qui n’était pas gelé, à travers une fiscalité européenne propre, peut-être ne serait-on pas contraint de se partager la misère. S’il y a moins d’argent à l’entrée, il y en aura moins à la sortie.
Soutenez-vous l’action, initiée par sept régions françaises, pour défendre la catégorie intermédiaire imaginée par la Commission?
Nous soutenons évidemment cette démarche. Il est légitime de tenir compte de ces régions avec un PIB intermédiaire.
Quel message souhaitez-vous faire passer à Bruno Le Maire ?
L’agriculture est importante, mais il ne faut pas qu’il oublie qu’il est ministre de l’Aménagement du territoire. Il doit défendre toutes les régions de France, les plus pauvres comme les plus riches.
Il faut continuer à se battre dans les prochains mois pour faire évoluer la position de la France.