« Affirmer que la séparation patrimoniale fera baisser les prix est assurément faux »
A l’approche du Conseil énergie du 10 octobre, le PDG de GDF SUEZ fait le point, dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, sur les grands enjeux du paquet énergie-climat, de la sécurité des approvisionnements énergétiques et du mix énergétique de l’Europe.
A l’approche du Conseil énergie du 10 octobre, le PDG de GDF SUEZ fait le point, dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, sur les grands enjeux du paquet énergie-climat, de la sécurité des approvisionnements énergétiques et du mix énergétique de l’Europe.
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EURACTIV.fr : Pensez-vous que l’existence de champions européens soit essentielle afin d’assurer les investissements nécessaires pour faire face à la concurrence mondiale dans le domaine de l’énergie ?
Gérard Mestrallet : En ce début de 21e siècle, nous sommes confrontés à des défis et des enjeux majeurs : le changement climatique, la sécurité d’approvisionnement énergétique et la compétitivité économique.
Pour y répondre, les acteurs de l’énergie se doivent désormais d’évoluer à l’échelle européenne, voire mondiale, et d’offrir une palette d’énergies innovante et performante (associant gaz, électricité et chaleur), mais également des services associés d’efficacité énergétique. C’est le cas de GDF SUEZ.
Le nouveau Groupe dispose d’atouts considérables. Ce sera l’entreprise la plus à même de répondre à ces problématiques. 1er énergéticien européen avec 74 milliards de chiffre d’affaires. GDF SUEZ sera l’un des rares groupes européens à être présent sur toute la chaîne énergétique dans l’électricité et le gaz ; depuis l’exploration-production gazière, jusqu’aux services d’économies d’énergie dans le logement, en passant par la production d’électricité centralisée ou décentralisée.
Le nouveau Groupe possède une taille critique qui sera déterminante dans le secteur énergétique de demain, où des investissements colossaux seront nécessaires sur le long terme pour répondre aux multiples besoins et satisfaire la demande. GDF SUEZ prévoit un investissement industriel de 10 milliards d’euros par an sur les trois ans à venir. Sur ce montant global, 1 à 1,5 milliard d’euros sera consacré annuellement à la production d’électricité en France. Une somme équivalente devrait être investie dans l’approvisionnement, l’exploration-production et le GNL. Quant aux infrastructures gazières, nous envisageons un investissement de 1,5 à 2 milliards d’euros par an.
Mais la Commission européenne prône plutôt la dissociation patrimoniale des opérateurs d’énergie intégrés afin de permettre une libre concurrence en Europe et à terme faire baisser les prix. Qu’en pensez-vous ?
Députés européens et États membres ont clairement indiqué à la Commission que cette option n’était pas la seule envisageable. Il revient aux ministres qui se réuniront en Conseil énergie le 10 octobre prochain de traduire en des termes juridiquement clairs et satisfaisants cette troisième voie, dite de l’ITO (Independent Transmission Operator). En garantissant l’indépendance de l’opérateur du réseau de transport et la pérennité de ses propres investissements, séparer les entreprises verticalement intégrées n’est pas réellement une nécessité. Affirmer que la séparation patrimoniale fera baisser les prix est assurément faux.
La priorité du marché européen de l’énergie, c’est l’intégration des marchés nationaux. Il faut notamment mettre en place de véritables outils européens tels que l’Agence de coopération des régulateurs européens ou les réseaux des gestionnaires de transport nationaux. C’est grâce à l’optimisation du parc de production électrique et aux échanges transfrontaliers électriques et gaziers au niveau régional et européen que l’Europe de l’énergie sera encore plus performante.
Dans les six prochains mois, les Européens vont tenter de se mettre d’accord sur le paquet énergie-climat. Quelle doit être, selon vous, la répartition entre les différents types d’énergie dans le mix européen à l’avenir ?
Le paquet énergie-climat touche au cœur de nos métiers en traitant du système d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre, des énergies renouvelables et de la capture et stockage du CO2.
Ma conviction est qu’il ne faut pas privilégier une énergie en particulier. Il ne faut pas faire des choix exclusifs, mais une combinaison de plusieurs solutions : thermique, gaz, charbon, nucléaire, et renouvelable (éolien, biomasse, hydroélectricité, solaire, géothermie). Sans négliger les économies d’énergie. Car l’objectif de la lutte contre le changement climatique n’est pas le seul que l’Union européenne doit poursuivre, seul un bouquet énergétique équilibré et diversifié peut permettre de concilier les trois objectifs de durabilité, de compétitivité et de sécurité d’approvisionnement.
Le mix énergétique de GDF SUEZ est particulièrement bien adapté pour répondre à ces enjeux avec 48% de gaz, 8% de charbon, 11% de nucléaire, 20% de renouvelables.
Je souhaite qu’au-delà du marché intérieur ou du paquet climat-énergie, il soit possible de développer une vision commune à l’Europe dans le cadre d’une véritable politique européenne de l’énergie cohérente. Celle-ci doit également comprendre un volet lié à la sécurité d’approvisionnement.
Il me semble que l’Europe doit notamment mettre en place une diplomatie géo-économique de sécurisation des importations d’énergie, et particulièrement du gaz. 70% des ressources de gaz sont situées dans les pays de l’ex-URSS et au Moyen-Orient. Le pouvoir de négociation du bloc européen doit s’ajouter à celui des États membres aujourd’hui trop dispersés et compléter, sans s’y substituer, les négociations des entreprises.
Les prix de l’énergie augmentent avec la crise énergétique et notamment les prix du gaz. Pensez-vous qu’il soit réaliste d’envisager une baisse des prix dans ce domaine ?
Les prix de l’énergie vont rester à un niveau élevé. Cela est dû à la raréfaction croissante des ressources fossiles et à l’augmentation des besoins. Pourtant, depuis quelques années, une prise de conscience sur les effets du changement climatique s’est opérée. Il faut donc organiser la transition vers une économie pauvre en carbone et efficace énergétiquement.
Afin de limiter l’augmentation des prix pour les particuliers, le Parlement français a approuvé le maintien des tarifs réglementés pour les particuliers après 2010 et le maintien du droit au retour pour les entreprises jusqu’au 1er janvier 2010. Trouvez-vous ces mesures satisfaisantes ?
La réglementation prévoit que le tarif réglementé reflète l’intégralité des coûts supportés par l’entreprise. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une ère des prix de l’énergie durablement chers et le cours international d’approvisionnement en gaz, indexé sur celui du pétrole, reste élevé.
Face aux défis qui se posent notamment en matière de lutte contre le changement climatique, une des politiques les plus pertinentes consiste à économiser l’énergie et accompagner nos clients dans leurs actions pour améliorer leur efficacité énergétique. Maintenir des prix artificiellement bas est contraire à l’objectif visant à éviter les gaspillages. Le kwh le moins cher est celui que l’on ne consomme pas.
En construisant l’un des leaders mondiaux de l’optimisation énergétique, GDF SUEZ aidera ses clients à trouver les procédés les plus économes et les plus performants. Et là, tout le monde est gagnant.